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Conférence

Rethinking Asian Capitalism and Society in the 21st Century

Affiche de Rethinking Asian Capitalism and Society in the 21st CenturyA comparative overview on 30 years of Vietnam’s achievements under Doi Moi and Challenges ahead

7-8 Novembre 2019
the Southern Institute of Social Sciences (SISS)
Ho Chi Minh Ville - Vietnam

La conférence est le fruit d’un partenariat scientifique entre l’Institut de recherche sur l’Asie du Sud-Est contemporaine (IRASEC) et deux institutions académiques majeures au Vietnam : l’Institut des sciences sociales du Sud (ISSS) et l’Université ouverte de Hô Chi Minh-Ville (UO HCMV).

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L’idée d’organiser une telle conférence a émergé en commémoration de la chute du Mur de Berlin en 2019. La fin du XXe siècle connaît des bouleversements majeurs dans le monde. Symbole du partage du monde en deux blocs depuis sa construction en août 1961, la destruction du Mur de Berlin le 9 novembre 1989 emporte dans sa chute l'effondrement des régimes communistes d’Europe de l’Est. Des structures économiques et militaires telles que le système d’économie planifiée du CAEM (Conseil d’Assistance Économique Mutuelle) et le Pacte de Varsovie sont dissoutes en 1991. La fin du rideau de fer ouvre aussi la voie à une réunification de l’Allemagne puis de l’Europe toute entière.

Si l’année 1989 n’a pas été un « tournant » historique comme il le fut en Europe, elle est néanmoins une date décisive qui a conforté le Vietnam dans ses choix initiés dès 1986. Les pays communistes d’Asie, dont le Vietnam, ne se sont pas effondrés en se lançant, à l’exception de la Corée du Nord, dans un tournant inédit dans l’histoire du communisme mondial : l’abandon de l’économie centralement planifiée et l’engagement pragmatique dans une « économie socialiste de marché », associant étroitement réforme économique et politique de la « porte ouverte », sur le modèle initié par Deng Xiao Ping en Chine. Devant l’échec de la politique planifiée de la décennie 1975-1985 après des décennies de guerres dévastatrices, le gouvernement communiste vietnamien s’est alors engagé dans une politique de Renouveau (« Doi Moi »).

Trente ans après la chute du Mur de Berlin, les pays asiatiques en transition évoluent sur des trajectoires différentes de celles de leurs homologues européens, et pourtant confrontés à des défis comparables.  En se tournant vers la région Asie d’abord par l’adhésion à l’alliance « ennemie » à l’origine anti-communiste, l’ASEAN en 1995 et plus tard en rejoignant l’APEC en 1998, le Vietnam et ses voisins d’Asie du Sud-Est (Cambodge, Laos, Myanmar) ont suivi leur propre voie pour aboutir à une situation économique flamboyante : taux de croissance soutenus du PIB, réduction de l’extrême pauvreté, accélération de l’intégration régionale, progression dans les classements mondiaux en matière d’environnement d’affaires (Doing Business de la Banque Mondiale, Eurocham Business Climate Index des Chambres européennes de commerce, ASEAN SME Policy Index de l’OCDE) ou encore dans l’indice de participation aux chaînes de valeur ajoutée construit par l’OMC, à laquelle le Vietnam a adhéré en 2007. Outre qu’il fait pratiquement de l’Asie la seule partie de la planète où le régime socialiste demeure, le « moment » historique de 1989 a ouvert des perspectives nouvelles à l’organisation d’un monde dans lequel l’Asie, communiste ou non, joue un rôle croissant et déterminant[1]. Ce que la Banque Mondiale avait défini dès 1993 de « miracle » asiatique[2], conduit initialement par le Japon et les dragons (Corée du Sud, Hong-Kong, Singapour, Taïwan), s’est dorénavant structuré autour de la Chine pour dessiner une trajectoire (voire un « modèle ») de développement dans la région.

3ème pays le plus peuplé de l’ASEAN avec 96 M d’habitants en 2018, le Vietnam est la 6ème économie de la région. Force est de constater que, depuis la mise en œuvre du Doi Moi en 1986, le Vietnam a résisté à la fois à l’effondrement du camp soviétique et aux sanctions internationales (levée de l’embargo US en 1994). Le taux de croissance en 2018 (près de 7%) a atteint son niveau le plus élevé depuis 2011. La modernisation économique a permis également au pays de résister aux crises successives tant intérieures qu’extérieures : instabilités macro-économiques, crise asiatique de 1997, crise mondiale de 2008. Cette vitalité économique lui ouvre de nouvelles perspectives et lui permet de jouer un rôle croissant et déterminant dans la région par une politique multilatérale où l’Asie de l’Est a toute sa place.[3]

Aussi nous importe-t-il de faire un bilan de ces trois décennies et de considérer les enjeux à venir dans une perspective régionale et comparatiste. En 2019, le Vietnam développe plus que jamais un multilatéralisme politique, économique et stratégique, dans un contexte global devenu instable. En ce début de XXIe siècle, il importe à travers l’expérience du Doi Moi, de repenser le capitalisme asiatique en déployant une approche multidisciplinaire.

Organiser ensemble une conférence à Hô Chi Minh-Ville nous semble un choix particulièrement adéquat. L’objectif de cette conférence est, d’une part, d’analyser les spécificités des trajectoires de transition en Asie du Sud-Est et d’autre part, d’identifier les principaux défis auxquels le Vietnam et les autres pays de la région doivent se préparer à fait face. La conférence discutera des défis du capitalisme et de la société asiatiques dans différents contextes nationaux, avec un croisement d’une variété de disciplines en sciences sociales. Au fond, il est question de rassembler les perspectives de l’histoire globale, de l’économie comparative et les micro-études par le bas. Et comme dans les décennies à venir, les pays asiatiques doivent faire face aux nouveaux défis majeurs et aux nouvelles exigences à grande échelle sur les plans socio-économique, sociétal, géopolitique et environnemental, un objectif important de cette conférence est d’identifier des pistes pour en relever certains.

Par le Vietnam, nous espérons que cette conférence fournira une meilleure compréhension des trajectoires asiatiques et des legs des anciens systèmes socio-économiques dans leurs trajectoires futures.

 

[1] Kishore Mahbubani, 2008, The New Asian Hemisphere. The irresistible shift of Global Power to the East, New York, Public Affairs.

[2] Banque Mondiale, 1993, The East Asian Miracle. Economic Growth and Public Policy, New York, Oxford University Press, 1993.

[3] Le Hong Hiep & Anton Tsvetov, 2018, Vietnam’s Foreign Policy under Doi Moi, Singapour, Iseas Publishing.