n°26 - Les catastrophes d’origine naturelle en Indonésie : penser le multirisque
Audrey FARAL
IRASEC, Bangkok
Octobre 2026, 32 p.
Texte en français
Les catastrophes de Tohoku (Japon) en 2011 et de Palu (Indonésie) en 2018 ont largement contribué à souligner l’importance de prendre en compte les interactions entre aléas, ainsi que leurs conséquences sur des populations de plus en plus exposées et sur des territoires urbanisés en expansion. Ces évènements ont participé à l’émergence d’un nouveau paradigme dans l’évaluation des risques, fondé sur une approche multi-aléas visant à dépasser l’analyse isolée des différents phénomènes naturels et à mieux caractériser leurs interactions et leurs effets combinés.
Cet article présente donc un état des lieux de cette évolution du paradigme d’évaluation des aléas et des risques, en s’appuyant sur le cas de l’Indonésie, un territoire particulièrement exposé à une grande diversité de phénomènes naturels. L’analyse des catastrophes survenues dans l’archipel depuis le début du XXe siècle met en évidence une augmentation importante de leur fréquence depuis les années 1970, ainsi qu’une évolution progressive des politiques de gestion des risques, passant d’une approche principalement centrée sur la réponse aux situations d’urgence à la prise en compte de l’ensemble du cycle de gestion des catastrophes. Toutefois, la gestion des risques demeure encore largement structurée autour d’aléas considérés séparément, alors qu’ils peuvent interagir entre eux.
Cette situation est renforcée par une connaissance encore lacunaire de l’histoire des catastrophes en Indonésie, avec de nombreux évènements passés peu documentés, limitant ainsi la compréhension de la variabilité temporelle des aléas et de leurs interactions. L’intégration de ces évènements passés apparaît essentielle pour identifier des configurations multi-aléas susceptibles de se reproduire et pour mieux évaluer les risques futurs. Ainsi, l’article défend l’intérêt d’une approche interdisciplinaire combinant les méthodes géohistoriques et géoscientifiques pour étudier ces évènements passés. La confrontation des archives et des données environnementales (observations géomorphologiques et stratigraphiques, données géochronologiques et géochimiques, par exemple) permet de reconstituer des évènements anciens, d’en caractériser la chronologie et les interactions entre aléas, et d’analyser leurs impacts sur les sociétés. Cette approche a notamment été appliquée à l’éruption du Samalas en 1257 ou encore à la catastrophe du 22 novembre 1815 à Bali. L’étude des catastrophes historiques est ainsi un levier pour améliorer la compréhension des interactions entre aléas et contribuer à la gestion et à la réduction des risques en Indonésie.
Lire la Note :
Audrey Faral, docteure en géographie physique, est enseignante-chercheuse à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, rattachée au Laboratoire de Géographie Physique à Thiais (CNRS, UMR 8591). Géomorphologue, ses recherches portent sur les risques et les catastrophes d’origine naturelle (séismes, éruptions volcaniques, glissements de terrain et tsunamis) et leurs impacts environnementaux et sociétaux, principalement en milieux volcaniques et/ou insulaires, en particulier en Indonésie. Audrey mobilise une approche géomorphologique, stratigraphique et géohistorique pour étudier les environnements passés et comprendre les dynamiques présentes, en s’intéressant notamment aux interactions entre les processus naturels et les sociétés.








