Lydia, Apple Pay, Google Pay : à qui profitent les nouveaux moyens de paiement ?
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En quelques décennies, les moyens de paiement ont drastiquement évolué : du chèque et de l’argent liquide à la généralisation de la carte bancaire jusqu’à sa dématérialisation sur nos smartphones, quelles sont les conséquences de ces évolutions des moyens de paiement ?
Clément Berthou, doctorant associé à l’IRASEC, a été interviewé par Marguerite Catton sur les nouveaux moyens de paiement, pour « La Question du jour » le vendredi 3 janvier 2025, sur France Culture.
S’il y a 25 ans, il était encore courant d’utiliser des chèques, la pratique est de moins en moins répandue. Nos portefeuilles se sont vidés des pièces et billets au profit des cartes bancaires, et celles-ci sont de plus en plus utilisées de manière dématérialisée sur nos smartphones. Comment s’est opéré ce basculement, comment les GAFAM profitent-ils de ces nouveaux usages ? Ces évolutions traduisent-elles quelque chose de nouveau dans notre manière d’appréhender l’échange monétaire ?
Payer pour payer : l’évolution des modes de transaction
Les cartes bancaires représentent plus de 50 % des paiements des Français. CB, Visa et Mastercard sont les principaux opérateurs en France. Lorsque la carte bancaire apparaît, notamment en France, comme un moyen de paiement qui est gratuit, au même titre que les espèces, c’est une innovation. Clément Berthou précise qu’il s’agit d’une situation particulière : “En vérité, le commerçant supporte une charge. Or, en France, un commerçant n’a pas le droit de distinguer le prix en fonction du moyen de paiement utilisé. Ce n’est pas le cas partout. Par exemple, au Cambodge, quand je veux faire des opérations par carte sur un terminal électronique de paiement, un achat dans un magasin, ils vont rajouter une commission de 3 %, par exemple, pour l’utilisation d’une carte internationale. Ça crée cette fausse impression de gratuité, mais qui s’impacte in fine sur le prix du consommateur.”
De nouveaux intermédiaires
La domination de ces acteurs américains est historique. Lorsqu’on regarde l’arrivée des géants du numérique sur ce marché des paiements, Apple Pay, Google Pay, Amazon Pay, on est aussi face à des géants américains. La stratégie de ces nouveaux acteurs est expliquée par Clément Berthou : “Le seul rôle de ces applications, c’est de dématérialiser les cartes bleues. On ne fait qu’enregistrer sa carte dans l’application sur son téléphone, et on n’a pas besoin de la transporter. L’avantage des cartes numériques qu’on peut stocker sur son téléphone mobile, c’est d’utiliser non plus la puce de la carte bancaire, mais la puce du téléphone, la puce NFC, pour permettre la réalisation des opérations. Ces acteurs se positionnent en intermédiaire, c’est-à-dire qu’ils ne remplacent pas Visa, Mastercard ni CB. Ce sont toujours ces systèmes de paiement qui sont empruntés, avec un intermédiaire infrastructurel supplémentaire qui s’ajoute dans la transaction, en l’occurrence Apple, Google et consorts.”
Un service contre des données
Quand on est sur une transaction, on va payer soi-même le service bancaire, la commission Visa, CB ou Mastercard, et on vient rémunérer en plus Apple, Google ou Amazon. Pourtant, l’impression de gratuité se ressent. Clément Berthou précise comment se rémunèrent ces acteurs numériques : “L’objectif pour ces acteurs du numérique, c’est de capitaliser sur leur réseau existant de clients. Si vous regardez le nombre d’utilisateurs dans le monde de Facebook, d’Amazon, de Google, ils ont un parc de clients qui est incomparable par rapport aux plus grandes banques françaises ou européennes. Ils ont une capacité, un effet de réseau qui est énorme et la volonté de transformer cet effet de réseau dans le domaine des paiements. La dimension de la donnée est importante. C’est-à-dire que Google, Facebook, Amazon vous connaissent bien. Ils ont accès à énormément de données sur vos habitudes quotidiennes. Et c’est crucial parce que ça peut leur permettre d’avoir des informations sur vos modes de consommation, sur vos dépenses, votre credit score. En Europe, on a quand même un cadre réglementaire qui entoure bien l’utilisation des données, mais ce n’est pas le cas partout dans le monde.”







