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Pouvoirs en Asie-Pacifique. Territoires et populations, contrôles et résistances

Article

Couverture Revue Stratégique Internationale

Christine CABASSET et Éric FRÉCON, chercheurs associés à l’IRASEC, ont chacun publié un article pour le dossier du dernier numéro de la Revue internationale et stratégique, consacré aux logiques de domination, aux dynamiques de contestation et aux trajectoires qui façonnent l’avenir de cet espace stratégique majeur.

 

Lire l’article de Christine CABASSET : Les populations frontalières d’Asie du Sud-Est, variables d’ajustement des États ?

Le conflit ouvert entre le Cambodge et la Thaïlande en juillet 2025 a remis au premier plan les enjeux liés aux frontières héritées des colonisations européennes en Asie du Sud-Est, dont plusieurs demeurent contestées. Plus largement, les frontières et autres espaces périphériques constituent souvent un lieu privilégié d’expression des pressions exercées par l’État sur les minorités ethniques. Ces lieux cristallisent ainsi des politiques de souveraineté et de contrôle des marges territoriales, qui affectent en premier lieu les populations à la fois géographiquement éloignées et culturellement distinctes du groupe ethnique majoritaire. Dès lors, les populations locales se trouvent fréquemment transformées en instruments, voire en victimes, des politiques frontalières. Les États peuvent en effet les mobiliser au service de la consolidation, ou même de l’extension du territoire, par le déplacement, la militarisation ou l’intégration forcée. Trois dynamiques seront ici distinguées : l’héritage des contentieux frontaliers, les politiques de contrôle des minorités et l’intégration économique des marges au profit des centres. Frontières contestées, marges surveillées Des frontières coloniales en héritage L’héritage colonial constitue le premier facteur pesant sur les populations et, le cas échéant, sur les conflits frontaliers, dans la mesure où les indépendances se sont inscrites dans les limites spatiales définies par les anciennes puissances coloniales.

 

Lire l’article d’Éric FRÉCON : Singapour : la Smart Nation, entre performance économique, contrôle social et vulnérabilités numériques

Prenez le métro à Singapour. À la sortie de son tunnel, sous les gratteciel des banques puis les condominiums des expatriés, apparaît un autre visage de la cité-État : celui des cités-dortoirs, où les longues barres cèdent progressivement la place aux hautes tours, puis celui d’une banlieue industrieuse, faite d’entrepôts, d’ateliers et de dortoirs pour travailleurs sud-asiatiques. Loin de l’image habituelle de l’« air-conditioned nation », le visiteur retrouve ici le visage laborieux du pionnier singapourien. L’industrie manufacturière demeure en effet un pilier de l’économie nationale : en 2023, elle représentait environ 19 % du produit intérieur brut (PIB) singapourien. Le virage numérique s’inscrit dans cette continuité productive. Les data centers trouvent désormais leur place dans un paysage longtemps structuré par les containers et les infrastructures logistiques. Portée par l’« Industry 4.0 », la part de la manufacture pourrait atteindre 28,4 % du PIB en 2028.
D’abord « cité-entrepôt » à l’époque de Temasek (aux abords du XIVe siècle), puis sous domination britannique à partir de 1819, Singapour s’affirme dès 1972 comme une « global city », selon la formule employée par le ministre des Affaires étrangères S. Rajaratnam. Lee Kuan Yew, Premier ministre de 1959 à 1994, œuvre continuellement en ce sens, notamment en promouvant très tôt l’usage d’un anglais fonctionnel et internationalisé.

25 juin 2026