Sur les routes de la migration : circulations, risque et gestion de l’incertitude
Article
Revue Européenne des Migrations Internationales, vol. 41- n°1 | 2025
Sous la direction de Loïs Bastide, Laurent Lardeux et Yann Scioldo-Zürcher Levi
Depuis la fin des années 1990 le cadrage croissant des migrations dans les termes d’un « risque » sécuritaire, dans les pays de destination, a fait l’objet d’une abondante littérature, en particulier dans le champ de la science politique et de la géographie critique. Étonnement en revanche, les sciences sociales se sont très peu penchées sur l’appréhension des risques migratoires par les migrant·es, contrairement à l’économie des migrations qui s’est tôt saisie de cette question, faisant du risque et de sa gestion par les populations migrantes une composante cruciale des rationalités migratoires. Le dossier thématique « Sur les routes de la migration : circulations, risque et gestion de l’incertitude » vise à pallier cette absence dans le champ des sciences sociales. Les contributions prennent acte de la place prépondérante des risques dans l’expérience migratoire et entendent inaugurer une réflexion structurée sur cet aspect — hyper-central mais négligé — des épreuves mobilitaires. Face à ce constat, elles posent une première série de jalons empiriques et théoriques pour baliser ce champ de recherche, en appui sur des études de cas ancrées dans des espaces géographiques variés — Guyane, littoral nord français, Île-de-France, Asie du Sud-Est — et portant sur des populations diverses — demandeurs et demandeuses d’asile, populations roms, travailleurs et travailleuses migrant·es.
Loïs Bastide a contribué au dossier avec un article intitulé Faire avec le risque : religiosité et rationalités pratiques entre Java, Kuala Lumpur et Singapour.
Face aux risques majeurs associés à la migration, les travailleurs migrants indonésiens présents en Malaisie et à Singapour développent des pratiques rituelles, magiques et religieuses (i.e. spirituelles) pour conjurer le mauvais sort. À première vue, cette approche semble incompatible avec le concept sociologique de risque, lié à un rapport sécularisé à l’avenir indissociable de la modernité européenne. Cependant, elle reflète bien une prise en compte active des aléas migratoires, irréductible au fatalisme. L’analyse met notamment en lumière les convergences et tensions entre cette conception de l’avenir et les théories sociologiques du risque. L’article aborde ainsi la migration sous l’angle des épreuves vécues par les migrants et interroge la notion de risque depuis leur perspective, contribuant aux débats sociologiques sur l’intégration cognitive et pratique de l’avenir en termes d’incertitude, de risque, de possibilités et d’aspirations.
28 avril 2025






